AAPPQ

Sensibiliser les donneurs d’ouvrage à la prévisibilité dans les marchés publics

Sensibiliser les donneurs d’ouvrage à la prévisibilité dans les marchés publics

AAPPQ

26/02/2026

Après des années fastes en contrats publics, les professionnels ont dû faire face à un ralentissement des projets d’infrastructures, qui se fait encore sentir en ce début d’année. Nous espérons que le budget qui sera annoncé en mars par le gouvernement du Québec et la diffusion du Plan québécois des infrastructures 2026-2036 nous permettront d’entrevoir la suite des choses avec plus de clarté.

Cette contraction des appels d’offres publics va de pair avec un manque de prévisibilité pour les architectes. Il ressort en effet d’un sondage effectué tout récemment auprès de nos membres que 93 % des répondants estiment qu’il y a de l’imprévisibilité concernant les marchés publics et une forte majorité juge que cette imprévisibilité est grande. Pas moins de 65 % des répondants ont vu des contrats publics annulés après le démarrage du mandat et 58 % ont eu de tels contrats reportés après avoir remporté l’appel d’offres ou avoir été choisis de gré à gré. Ces situations ont eu un impact modéré (40%) à élevé (27%) sur leur chiffre d’affaires.

L’AAPPQ mène des démarches auprès du ministère responsable des Infrastructures et auprès de la Société québécoise des infrastructures (SQI) afin de les sensibiliser à cette problématique, mais aussi à l’importance d’entretenir le patrimoine bâti, un actif d’importance stratégique pour le développement  du Québec, et de continuer à investir dans les infrastructures pour répondre notamment aux nouveaux besoins d’espaces liés aux changements démographiques et à l’adaptation nécessaire en raison des changements climatiques. « Chaque année où nous reportons les travaux d’entretien des infrastructures, nous creusons les écarts et transférons des risques aux générations futures », a affirmé récemment la présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec, Sophie Larivière-Mantha1. Les sommes que Québec a allouées à la bonification du parc d’infrastructures ont augmenté deux fois plus rapidement, entre 2015 et 2023, que celles accordées à l’entretien : + 110 % pour les nouveaux projets contre seulement + 50 % pour l’entretien, peut-on lire dans un rapport de l’OIQ publié le mois dernier.

 

Réduire les dépenses en infrastructures est contreproductif

Nous avons également fait valoir, dans un mémoire prébudgétaire transmis plus tôt ce mois-ci au ministère des Finances, que retarder les travaux nécessaires en infrastructures et réduire les dépenses drastiquement dans ce secteur est contreproductif et nuira, à terme, à l’atteinte de l’équilibre budgétaire et à la croissance de notre économie. Même si le dernier Plan québécois des infrastructures (PQI) 2025-2035 a vu son budget se bonifier de 11 milliards de dollars (+7 %) sur 10 ans, pour s’établir à 164 milliards de dollars, les investissements sous-évalués par rapport au nombre de projets inscrits vient annihiler les effets potentiellement bénéfiques d’une majoration de budget2. Par ailleurs, les enveloppes budgétaires destinées au maintien des actifs ne prennent pas en compte l’inflation pour l’ensemble de la période de 10 ans couverte par le PQI.

Pour les projets majeurs à la phase d’étude ou de planification, les investissements prévus sont inférieurs de 75 milliards à l’estimation de leurs coûts, ce qui a notamment entraîné la mise sur pause de nombreux projets, comme l’a souligné le vérificateur général et comme le démontre le ralentissement majeur affectant notre industrie. D’autres projets ne pourront sans doute pas se réaliser, faute de financement ou ont été abandonnés en plein vol, comme le projet de rénovation de l’école Face.

 En théorie, le PQI est un formidable outil de planification, mais on ne peut guère se fier au document actuel pour espérer y voir plus clair. C’est pourquoi nous avons recommandé au gouvernement d’améliorer la planification et la diffusion de ses projets, afin d’offrir une plus grande prévisibilité aux professionnels en fournissant un portrait fiable et actualisé.

 

Liste des projets et des appels d’offres à venir

Ce n’est un secret pour personne, une meilleure planification et une meilleure définition des besoins en amont permettraient d’établir des estimations budgétaires plus proches de la réalité et d’améliorer la fluidité des étapes de planification, de conception et de réalisation; tout le monde en ressort gagnant en termes d’efficacité des ressources et d’optimisation des investissements.

En plus d’une définition précise des besoins en amont, une planification optimisée est essentielle à l’état de santé de nos infrastructures publiques, car le report ou le ralentissement de projets majeurs inscrits dans le PQI augmentera le déficit du maintien des actifs, ce qui aura des conséquences sur l’efficacité des services publics, la santé et la sécurité des utilisateurs, mais aussi sur les finances publiques, car plus les infrastructures se détériorent et plus il en coûtera cher pour les rénover et les mettre aux normes.

Et pour assurer la durabilité de ces infrastructures en bon gestionnaire d’actifs, le gouvernement a besoin d’un portrait réaliste de l’état du parc, de données fiables quant aux besoins de maintien d’actifs et d’une planification claire et cohérente des investissements pour les années à venir.

La SQI vient d’annoncer la publication d’une liste des appels d’offres à venir pour les services de construction. Nous nous réjouissons de cette initiative, mais regrettons que cette liste ne concerne pas les services professionnels (architectes et ingénieurs). Avec nos homologues de l’Association des firmes de génie-conseil du Québec (AFG), nous avons entamé des démarches afin de rectifier la situation et de permettre aussi aux professionnels de planifier leurs activités, l’organisation de leurs ressources et la mobilisation de leurs effectifs en fonction des projets à venir.

Un tel outil pourrait redonner confiance aux architectes dans les marchés publics. Près de 70% des répondants à notre sondage se disent actuellement pessimistes à cet égard. Une liste des appels d’offres bénéficierait aussi aux donneurs d’ouvrage qui sans cela pourraient se trouver à court de soumissionnaires. La baisse du nombre d’appels d’offres des organismes publics et l’absence de prévisibilité ont mené 42% des firmes d’architecture ayant répondu à notre sondage à se tourner vers d’autres types de marchés. Une initiative qui serait gagnant-gagnant.

 

1. Voir le rapport de l’OIQ sur la crise des infrastructures publiéfin janvier 2026.

2. Voir le Rapport du Vérificateur général du Québec à l’Assemblée nationale pour l’année 2025-2026, novembre 2025.

 

Échos de l'AAPPQ 

L’Association a démarré l’année 2026 avec un nouveau rendez-vous mensuel, Échos de l’AAPPQ, un éditorial d’affaires publiques. Sous la plume de Florence Reinson, conseillère en relations publiques et gouvernementales, la permanence de l’Association vous informe des démarches entreprises pour défendre vos intérêts, ainsi que ceux de la profession.