AAPPQ
27/05/2026
L’art de négocier ses honoraires pour redonner sa juste valeur au travail architectural
Dans le contexte économique actuel, la concurrence se fait davantage sentir et il n’est pas rare que les architectes proposent leurs services professionnels en dessous des honoraires suggérés[i]. Cette stratégie n’est pas viable et participe à l’érosion et à la dévalorisation de la profession. Maîtriser l’art de négocier ses honoraires se veut, au contraire, une preuve de leadership, de respect de sa pratique et de valorisation de la qualité architecturale.
Les architectes sont les seuls professionnels capables d’imaginer, de façonner et d’élever notre cadre bâti avec une maîtrise technique et une vision esthétique incomparables. Ils et elles créent des espaces et des solutions qui s’harmonisent avec les réalités physiques, sociales, culturelles et économiques, tout en insufflant une inspiration durable à leurs usagers et à la collectivité.
La valeur des honoraires doit être proportionnelle aux risques inhérents au projet, à son envergure et à sa complexité et doit prendre en compte l’étendue des services, le niveau d’accompagnement et le nombre de livrables, entre autres.
La qualité du projet compromise
D’ailleurs, le Code de déontologie des architectes prévoit, à l’article 54, que « l’architecte doit demander et accepter pour ses services professionnels des honoraires justes et raisonnables. Les honoraires justes et raisonnables sont ceux qui sont justifiés par les circonstances et proportionnés aux services professionnels rendus. » Cet article précise que l’architecte doit tenir compte, dans la fixation de ses honoraires, de facteurs tels que le temps consacré à l’exécution des services professionnels, la difficulté et l’importance des services, la prestation de services inhabituels ou exigeant une compétence ou une célérité exceptionnelle, l’importance de la responsabilité assumée et l’existence d’un décret ou d’un tarif reconnu.
Un projet architectural exige du temps, de la réflexion, de la coordination et de la rigueur. Des honoraires trop bas peuvent compromettre la qualité du projet, si l’architecte n’a d’autre choix, pour ne pas travailler à perte, que de couper dans les heures de conception, de passer moins de temps à l’optimisation, à la vérification et à la coordination et de réduire le nombre de visites de chantier. Client et professionnel en sortent tous deux perdants.
Négocier, c’est aussi éduquer
Il n’est pas rare que les clients aient une perception erronée des services d’architecture, du taux d’effort et surtout des risques professionnels encourus par les architectes ; beaucoup de gestes professionnels sont intangibles pour les clients. Les firmes d’architecture doivent jongler avec une diversité de lois, de règles et de normes, autant en respect de règles encadrant la qualité, la sécurité, l’efficacité du bâtiment qu’en pratique professionnelle. À cela s’ajoutent les réalités du marché de la construction et l’évolution rapide des technologies numériques. C’est pourquoi chaque projet doit être analysé séparément pour établir des honoraires qui reflètent vraiment le travail requis.
Architecte et client doivent clarifier ensemble toutes les attentes du projet, s’entendre sur les particularités du mandat, sur les services requis et sur les honoraires. Négocier, c’est aussi éduquer le client, en lui démontrant la complexité du travail, les risques assumés et la qualité et la valeur des services fournis. Rester ferme sur ses honoraires permet d’affirmer sa valeur, d’affirmer sa crédibilité et d’inspirer confiance. La négociation crée un partenariat, et non une relation de soumission, dans lequel le client est à l’écoute.
En acceptant de travailler à des honoraires trop bas, l’architecte contribue à banaliser son rôle dans un marché où sa valeur est souvent mal comprise et il ou elle risque d’être pris dans une spirale dangereuse où les clients, habitués à des prix trop bas, ne voudront plus payer la juste valeur des services. Et ceux qui bradent les honoraires risquent de tirer vers le bas toute la profession. Une dérive que ne peut se permettre le secteur de l’architecture.
Statistiquement, le secteur où l’on trouve le plus de problèmes, et donc de réclamations et de poursuites, est celui des condominiums où les honoraires des architectes sont aussi les plus bas. Ce qui a forcé le Fonds d’assurance de l’OAQ à hausser les primes des firmes d’architecture de 20 % pour le Groupe C-condos[ii].
Assurance-qualité
L’expertise ne doit pas être vue comme une dépense pour le client, mais comme une assurance contre les erreurs et un gage de qualité. La clientèle sérieuse en est bien consciente; elle ne choisit pas l’architecte le moins cher, car elle sait qu’un projet bien conçu permet de réduire les coûts globaux (erreurs, reprises, inefficiences), d’éviter les dépassements grâce à une bonne coordination et d’augmenter la valeur immobilière.
Des honoraires justes permettent d’offrir un service réellement professionnel. C’est un cercle vertueux. L’architecte qui sait négocier ses honoraires défend non seulement sa valeur, mais aussi la qualité de son travail, la pérennité de sa pratique et la dignité de toute la profession. D’ailleurs, l’AAPPQ a travaillé de concert avec le Secrétariat du Conseil du trésor, durant plusieurs années, afin d’élaborer un Guide des services d’architecture qui se veut une référence afin de vous aiguiller dans la négociation de vos services professionnels dans les marchés publics.
En outre, l’Association offre une formation pratique sur les stratégies de négociation des honoraires prévus par un contrat de services professionnels, qui a lieu ce jeudi à Québec et se tiendra à Montréal le 11 juin.
L’Association a démarré l’année 2026 avec un nouveau rendez-vous mensuel, Échos de l’AAPPQ, un éditorial d’affaires publiques. Sous la plume de Florence Reinson, conseillère en relations publiques et gouvernementales, la permanence de l’Association vous informe des démarches entreprises pour défendre vos intérêts, ainsi que ceux de la profession. Voici le cinquième de la série.
[i] Voir le Guide des services d’architecture et le contrat type de l’AAPPQ
[ii] Lire notre éditorial du mois de mars, Hausse de la prime d’assurance pour le Groupe C-condos.