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Budget du Québec 2026-2027 : ce qu’il faut retenir

Budget du Québec 2026-2027 : ce qu’il faut retenir

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31/03/2026

Le dernier budget du gouvernement de la CAQ avant les élections d’octobre prochain ne fait pas de grandes promesses, mais consacre plus d’argent au maintien des infrastructures.

Selon le gouvernement, ce budget s’attaque également à la résilience des communautés, l’adaptation climatique, le logement et la modernisation des infrastructures publiques. Plus de 1 milliard de dollars sur six ans sont prévus pour soutenir les municipalités, renforcer les services aux populations autochtones, encourager les activités sportives et de plein air, et poursuivre les efforts de protection de l’environnement. La hausse pour les municipalités représente 262 millions de plus que dans le budget précédent, ce qui fait dire à l’Union des municipalités du Québec (UMQ) que « ces sommes sont largement insuffisantes pour rattraper le désengagement marqué depuis quelques années et répondre aux besoins grandissants des municipalités ».

Le gouvernement annonce également près de 741 M$ pour améliorer l’accès au logement, notamment par la construction de 1000 logements abordables et la rénovation du parc existant, ainsi que 264 M$ pour soutenir les personnes en situation d’itinérance et les enjeux de santé mentale. Les organismes en logements sociaux et communautaires se disent préoccupés par ces investissements qu’ils jugent nettement insuffisants. Pour répondre aux besoins des ménages à faible et modeste revenu et des populations vulnérables, il faudrait, selon eux, construire 10 000 logements communautaires et sociaux par an.

En matière de transition climatique, 584 M$ sur cinq ans seront consacrés à l’adaptation et à la réduction des émissions, dans le cadre d’une enveloppe plus large de 8,2 G$ issue du Plan pour une économie verte 2030. Enfin, près de 40 M$ sont prévus pour la préservation et la mise en valeur du patrimoine culturel. Équiterre note que « ce budget réserve plus d’argent dans l’adaptation des entreprises au nouveau contexte économique (700 M$) que dans l’adaptation des collectivités québécoises aux changements climatiques (583 M$) ».

 

Le PQI 2026‑2036 : un virage vers le maintien des actifs

Le Plan québécois des infrastructures (PQI) atteint désormais 167 G$ (sur dix ans), soit une hausse de 3 G$ par rapport à celui de l’an dernier. Cette augmentation s’accompagne d’un changement notable : 71 % de l’enveloppe est consacrée au maintien des actifs, comparativement à 65 % dans le PQI précédent.

En se recentrant sur l’entretien, la réhabilitation et la modernisation des infrastructures existantes, le gouvernement semble avoir entendu les nombreux appels à entretenir le cadre bâti, dont celui de l’Ordre des ingénieurs du Québec, avant de se lancer dans des projets de construction. Toutefois, même si ces hausses de budget sont louables, l’AAPPQ craint qu’elles soient malheureusement insuffisantes pour combler le déficit du maintien des actifs, ainsi que les besoins criants en santé, en logements et en éducation, notamment. Rien ne garantit par ailleurs que des projets inscrits au PQI ne soient pas annulés ou reportés, comme cela a été le cas au cours de la dernière année.

Répartition des investissements (pour les 3 prochaines années)
  • PQI 2026‑2027 : 19,4 G$
  • PQI 2027‑2028 : 19,8 G$
  • PQI 2028‑2029 : 17 G$
Trois secteurs prioritaires :
  • la santé et les services sociaux
  • l’éducation et l’enseignement supérieur
  • le transport collectif et le réseau routier

Le gouvernement ajoute également 5,2 G$ sur six ans pour accélérer le maintien des actifs à l’échelle du territoire, portant l’enveloppe totale dédiée au maintien à 106 G$, dont 32 G$ pour le transport (incluant 1,4 G$ pour des travaux routiers).

À noter que certains projets majeurs en planification — comme l’Hôpital Maisonneuve‑Rosemont ou le bloc opératoire de Chicoutimi — apparaissent au PQI sans montants associés, une pratique que le gouvernement justifie par la volonté de limiter les risques de collusion.

 

Aperçu des projets dans les secteurs clés

Santé et services sociaux : 3,6 G$ supplémentaires

Le secteur bénéficie d’investissements totaux de 24,7 G$ dans le PQI 2026‑2036, dont 54 % consacrés au maintien du parc. Parmi les projets en cours ou à venir :

  • travaux préparatoires à l’Institut Douglas, à Maisonneuve‑Rosemont et au centre hospitalier universitaire de l’Outaouais
  • travaux urgents à l’hôpital Sainte‑Croix (Drummondville)
  • agrandissement du bloc opératoire de Chicoutimi
  • réaménagements à Saint‑Eustache et Charles‑Le Moyne
  • progression des projets à Mont‑Laurier, Saint‑Jérôme et Amos
Éducation : 448,4 M$ pour la remise en état et l’ajout d’espaces

Les investissements en éducation atteignent désormais 23,5 G$, dont 78 % consacrés au maintien du parc. Les nouvelles sommes permettront :

  • des projets de réaménagement et de remplacement de bâtiments
  • la mise à jour des bibliothèques des écoles secondaires
  • des travaux dans les établissements privés spécialisés en adaptation scolaire
  • la poursuite des projets d’ajout d’espace dans plusieurs écoles
Enseignement supérieur : 631,1 M$ additionnels

Les investissements totalisent 9,2 G$, dont 7,1 G$ pour le maintien du parc. Les nouvelles sommes visent :

  • des travaux de maintien dans les cégeps et universités
  • des projets de bonification d’espaces
  • la préparation du projet d’agrandissement du campus de L’Assomption du cégep de Lanaudière
  • la poursuite des travaux de sécurisation et de réfection au cégep de Saint‑Laurent
Municipalités : 377,7 M$ de plus

Les investissements municipaux atteignent 7,3 G$, soutenant :

  • le Programme d’amélioration et de construction d’infrastructures municipales
  • le Programme d’infrastructures municipales d’eau 2023‑2033
  • le programme Accélérer la transition climatique locale

 

Ce que cela signifie pour la profession

Le budget 2026‑2027 et le PQI 2026‑2036 confirment une tendance lourde : le Québec investit massivement dans la durabilité, la résilience et la modernisation du cadre bâti. Pour les architectes, cela devrait se traduire par :

  • une augmentation des mandats liés au maintien, à la réhabilitation et à la transformation des bâtiments existants
  • des opportunités accrues dans les secteurs de la santé, de l’éducation et des infrastructures municipales
  • un contexte favorable à l’innovation en matière d’adaptation climatique, d’efficacité énergétique et de transition écologique

Le tableau de bord des projets d’infrastructure de 20 millions de dollars et plus est disponible sur le site du Secrétariat du Conseil du trésor. Toutefois, il n’est mis à jour qu’une fois par année, après la publication du budget, et lorsqu’il y a un vote au Conseil des ministres.

 

L’étude des crédits budgétaires nous en apprendra davantage

L’étude des crédits budgétaires qui se déroulera au cours des prochaines semaines apportera des informations détaillées concernant les postes de dépenses annoncées, et ce, pour chaque ministère et organisme public. Lors de cette étape précédant l’adoption du budget par l’Assemblée nationale, les députés de tous les partis étudient les budgets de chaque ministère et organisme en commission parlementaire (120 heures).